Située à deux kilomètres à peine de l'axe Nancy Sarreguemines, la petite bourgade de Salonnes paraît toutefois isolée dans un monde poétique et serein. A perte de vue s'étendent d'immenses surfaces de champs de blé mûrissant sous le chaud soleil de juillet et sur les hautes collines les vergers aux arbres croulant de fruits sont immobiles.
LE PRIEURE DE SALONNES
Pas un souffle de vent, personne dans les rues de ce petit village, rien que de belles demeures et la silhouette d'une très belle église. Salonnes garde tout son charme d'antan, plus de douze siècles d'histoire sont gravés dans les pierres de ce village lorrain fier de ses riches maisons renaissance élégantes avec leurs hautes fenêtres à linteaux et aux portiques surmontés d'écussons.
Non loin de Château-Salins, ce petit village fut à une époque reculée le siège d'un important prieuré tandis que l'actuelle sous-préfecture n'était qu'une annexe dépendante. Ce village possède en effet une église qui est un des plus beaux fleurons du patrimoine lorrain, bien que fort peu connue et visitée.
Dès l'an 777, Salonnes est mentionnée dans un diplôme de Charlemagne. Lien Le prieuré et l'église ont été fondés en ces lieux paisibles par Furlrade, abbé de Saint-Denis qui vivait sous Pépin Le Bref et Charlemagne. Dès cette époque, le corps de Saint-Privat le Mende allait y reposer. L'abbaye de Saint-Denis sera proriétaire du prieuré jusqu'en l'an 815, date à laquelle elle cède à l'abbé de Saint-Mihiel. En 896, Charles le Simple fait la donation aux moines des lieux. En 950 des terres dans le lieu de Salonnes sont offertes par Louis d'Outre-mer. En 1106 le pape Pascal II confirmera l'indépendance du prieuré de Salonnes de la juridiction de l'évêché de Metz.
Pendant près de huit cents ans, les bénédictins gouverneront le prieuré, jusqu'en 1602 où il sera uni à la Primatiale de Nancy.
D'une restauration effectuée au XVIeme siècle, viendra s'ajouter au bel édifice de style lorrain, un remarquable portail d'entrée. Aux propositions majestueuses et fines, aux sculptures merveilleusement disposées, ce portail témoigne de toute la parfaite harmonie et de l'élégance de l'art gothique français. Le début du XVII ème siècle sera un épisode sanglant pour la bourgade car : Comme pour toute la région elle sera victime de la cruelle marque laissée par la guerre des Suédois, amenant destruction, peste et famine. Salonnes sera ravagé en 1635 par les troupes suédoise et l'église pillée. Le chef de Saint-Privat conservé avec dévotion dans le sanctuaire depuis des siècles, sera jeté dans le puit du prieuré et les précieux livres déchirés. Mille cinq cents Suisses allaient mourir en ces lieux. Didier Chaumont, alors curé de la paroisse, écrivit qu'il fut obligé de faire amener de la terre dans toute l'église pour en couvrir les morts.
Plus d'un siècle plus tard, en 1749, une entente sera faite entre le chapitre de la Primatial de Nancy et la population du village pour réparer le sanctuaire qui était resté en ruine. Un baptistère octogonal daté de 1549 et l'une des merveilles de cette petite église. Elle possède de belles ornementations dont des blasons, l'un avec trois fleurs de lys qui souligne les contours de ce chef-d'oeuvre de pierre d'un mètre cinquante de haut et large d'un mètre.
Depuis douze siècles, ce petit village s'enorgueillit de son église qui a su, malgré les vicissitudes de l'histoire, parvenir jusqu'à nous avec toute sa pureté et sa beauté.
Merci à Marie-Paule G. pour la toile. Pour le texte mon fils Jean-Alexandre.
L'HISTOIRE DE SALONNES
Salonnes (ou plutôt Salone, en se conformant à l'ancienne orthographe du nom : Salona). Cette commune est une de celles du département qui se trouve mentionnée dans les titres les plus anciens : un diplôme de Charlemagne, daté de la 10ème année de son règne, c'est-à-dire de l'an 777, et dont l'original est aux Archives de la Meurthe-et-Moselle, confirme un accord fait entre Angelramme, évêque de Metz, Vilhare, archevêque de Sens, et Fulrad, chapelain du palais et abbé de Saint-Denis, au sujet des biens que ce dernier possédait au lieu nommé Salone, construit en l'honneur de la sainte Mère de Dieu, les bienheureux martyrs, confesseurs, et où reposent Saint Privat et Saint Hilaire ; lequel accord porte que ni Angelramme, ni ses successeurs, ni leurs archidiacres, ni quelque autre officier que ce soit de l'église de Metz, ne pourront exercer dans ce lieu aucun acte de juridiction, si ce n'est lorsque l'abbé se Saint-Denis invitera l'évêque à y donner les ordres, bénir le saint chrême et les autels, ainsi que cela se pratiquait dans les autres églises dépendant de l'abbaye de Saint-Denis. En 896, Charles-le-Simple déclare que les religieux de Salone manquant de nourriture et ne percevant plus rien de leurs prébendes, il leur a donné différent biens, parmi lesquels un manse et une vigne à Montenoy, une manse* à Pompey, etc. Enfin, en 950, Louis-d'Outremer donne aux clercs de l'abbaye de Saint-Denis et de Saint-Privat, l'habitant le prieuré de Salone, une terre dans le lieu de Salone, sur le ruisseau du même nom, à savoir douze manses avec l'église de Vertignécourt, etc. Le prieuré de Salone avait été donné, dès l'an 815, à l'abbaye de Saint-Mihiel, qui en jouit jusqu'en 1602, que le cardinal Charles de Lorraine, abbé de Saint-Mihiel et légal du Saint-Siège, l'unit à la Primatiale de Nancy après la mort du dernier titulaire, Pierre de Saint-Vincent, décédé en 1598. En 1348, le procureur de ce prieuré pour le cardinal de Boulogne déclare que la grâce à lui faite par la duchesse Marie de Blois de l'exempter du droit qu'a le duc de Lorraine de prendre un char dudit prieuré quand il va à l'armée tu autre part, ne peut être tirée à conséquence ai à préjudice contre son droit. (T. C. Moyenvic.) En 1379, le duc Jean mande à ses conseillers de requérir les conservateurs des traités d'alliance entre l'évêque de Metz et lui, de défendre audit évêque d'attenter sur -la fontaine d'eau salée de Salone, laquelle lui appartient en tous droits. (T. C. Château-Salins.) En 1588, Jean, duc de Lorraine, et Robert, duc de Bar, voulant indemniser le prieuré de Salone, la ville et les habitants, des dommages qu'ils leur avaient causés pendant la guerre contre l'évêque de Metz, accordent au prieuré différents héritages situés tant sur le ban de Salone que sur celui de plusieurs villages voisins. Par un acte daté du 28 avril 1453, les gens de justice de Salone consentent de suivre pour lois, dans leurs jugements,- les droits, coutumes et usages d'Amance, ainsi qu'il avait été accordé entre le prieur de Salone et les habitants dudit lieu, par devant Simonin Louvion, procureur général de Lorraine au bailliage de Nancy, et de Ilaous Olry, prévôt d'Amance, attendu que, par les guerres entre les duc de Lorraine et comte de Bar et l'évêque de Metz, Salone avait été entièrement détruit et que tous les habitants s'étaient sauvés, en conséquence aucuns ne pouvant assurer par quels usages Salone avait été autrefois régi, les titres qui auraient pu le prouver étant tous perdus. Plusieurs titres du XVI ème siècle font mention de conflits de juridiction soulevés entre les officiers du duc et le prieur de Salone, au sujet des droits seigneuriaux dont le prince et le prieur jouissaient dans ce lieu. Les droits de ce dernier sont ainsi énumérés dans des comptes et des procès verbaux de plaids annaux : Le prieur est seigneur haut justicier, moyen et bas en la Haute et Basse Salone, et par tout le ban d'icelle.... Tout habitant tenant charrue lui doit, par chacun an, trois fois les corvées. Il a aussi droit de revêture, qui est tel que chacun héritier succédant à immeubles assis su bau et finage dudit lieu, est lents de revêtir et reprendre desdits immeubles dans quarante jours à compter du jour du trépas de celui qui lui a fait échutte; et doit chacun héritier deux setiersde vin, à peine de commise des héritages pour lesquels ledit droit se doit payer... Les habitants paient chacun an au duc de Lorraine 5 francs à sa recette d'Amance, à cause du bois de la Jurée, qu'ils tiennent pour leurs affouages. Quand il y a un malfaiteur des sujets du prieur ou autres délinquants en sa seigneurie dudit Salone, il peut le faire appréhender au corps par ses officiers et le tenir en sa prison, et si le fait le requiert, le peut mettre ès mains du maître des hautes oeuvres pour lui donner la question et sur ses confessions lui faire faire son procès jusqu'à la sentence inclusivement rendue, puis le faire délivrer à un prévôt d’Amance, hors le ban dudit Salone, en lieu nommé Saulcirup, faisant séparation du ban dudit lieu et de celui de Chambrey; auquel lieu, ledit prévôt d'Amance reçoit ledit prisonnier avec son procès en son sein, ensemble la sentence, pour en faire faire ' l'exécution aux frais du duc, demeurant néanmoins les biens acquis et confisqués au prieur… >(Coll. S.-G. et P.) Par un acte passé le 1er juillet 1605, il est fait défense à tous habitants de Salone d'aller moudre leurs grains ailleurs qu'au moulin banal joignant le prieuré, et à celui de Seraincourt, et d'aller pressurer leurs marcs et raisins à d'autres pressoirs qu'à ceux de la maison seigneuriale dit prieuré. Une sentence rendue, le 2 août 1736, défend aux avocats et procureurs de faire les contestations au cabaret dites les instances où ils occuperont en la justice de Salone, mais au greffe de ladite justice. (Coll. St.-G. et P.) Une nommée Catherine Dieudonnée, de Salone, avait été brûlée comme sorcière à Amance en 16l5. Outre son prieuré, fondé par Fulrade, dès le VIIE ème siècle, Salone possédait, ainsi qu'il a été dit plus haut, des salines qui paraissent remonter à une époque fort éloignée : le diplôme 1e Louis-le-Débonnaire portant donation du prieuré de Salone à l'abbaye de Saint-Mihiel, en 815, et rappelé par l'auteur de l'histoire de cette ville, fait mention du village de Courcelles, qui était contigu à Salone, et des eaux salées de ce lieu : donamus villam Curcella cum..... aquis salsalis... S'il faut en croire quelques historiens, le prieuré de Salone aurait même été construit sur l'emplacement d'une ancienne saline. Quoiqu'il en soit, il résulte de différents documents, que celle usine était exploitée dans les XIII ème et XIV ème siècles ; elle fui probablement ruinée dans le courant du siècle suivant, car on trouve, à la date du 30 octobre 1484, des lettres patentes dans lesquelles le duc René II dit que son receveur général, Antoine Varrin, ayant fait construire et dresser une nouvelle saline à Salone, sur les terres du prieuré, il assigne à ce dernier, par forme de dédommagement et à perpétuité, dix muids de sel à prendre chaque année sur cette saline. Par d'autres lettres patentes, du 10 janvier 1492, le même prince permet à plusieurs particuliers de bâtir aux environs de la nouvelle usine sur des terrains qu'il leur concède. (Coll. St.-G. et P.) En 1541, le duc Antoine complète le douaire de Christine de Danemark par une assignation sur les salines de Salone. (T. C. Blâmont 3.) En 1583, Charles III donne l'office de baucheur de ces salines à Jacques Chastan, fils de Fauquet Chastan, sieur de La Routte. (L. P. 1583.) Il est encore fait mention de cette usine dans le compte du receveur général des salines de Lorraine, pour l’année 1631. Leur exploitation fut, sans doute, interrompue vers cette époque, à cause de l'occupation de Salone par les gens de guerre, et de la peste qui régna dans ce village. On trouve, à ce sujet, les notes suivantes dans les comptes du receveur d'Amance, à la date de 1633 : Fait dépense de 5 francs qu'il a plu à S. A. quitter aux habitants de Salone en considération des pertes et intérêts qu'ils ont fait, tant par les logements de soldats que pour la contagion qui a régné en ce bourg durant l'année passée. Fait recette de 277 réseaux 8 pots d'avoine qu'il a plu à S. A. ailouer en dépense au comptable pour pareille quantité par lui fournie en l'année 1631 aux compagnies de chevaux légers des sieurs de Couvonge et baron de Meuse, logées à Salone pendant les deux années précédentes. Un rapport adressé, la même année, à la Chambre des Comptes, porte que !a peste n'avait pas discontinué à Salone pendant !es deux années précédentes. Le puits d'eau salée, après avoir été comblé, puis rouvert à plusieurs reprises, fut définitivement abandonné sur la fin la fin du siècle dernier. On lit, en effet, dans l’Etat du temporel des paroisses (1710) : Salone est le chef-lieu dit pays Saulnois, lequel avait anciennement le titre de comté... Il y avait un prieuré de l'ordre de Saint-Benoît, qui est maintenant uni à la Primatiale de Nancy. Proche de ce prieuré, entre la Grande et la Petite Seille, il y a un puits d'eau salée dont on pourrait faire de bon sel, mais qui demeure inutile parce que les salines de Château-Salins, de Dieuze et de Rosières fournissent des sels en suffisance pour ta province et même pour les pays voisins. La saline de Sa!one est divisée en deux parties. l'enclos où étaient les salines en fait une, qu'on appelle la Basse Salone , et dont S.A.R. (le duc) a la seigneurie en toute haute justice, moyenne et basse, excepté sur quelques maisons qui sont juridiciables à la Primatiale, laquelle a ta haute, moyenne et basse justice sur l'autre partie, qu'on appelle la Haute Salone. (Ces dénominations subsistent encore aujourd'hui.) Ces deux parties contiennent environ 45 ménages. Le prieur était curé primitif de la paraisse, et l'église était prieurale et paroissiale; il y avait un vicaire perpétuel nommé par le prieur. Les guerres ayant ruiné et fait déserter le pays, les curés ont résidé à Château-Salins , qui était annexe de Salone. Burthecourt en était aussi annexe, mais il en a été désuni il y a environ 50 ans et érigé en cure… Il existe, aux Archives, un plan de tous les bâtiments et usuaires du prieuré de Salone, dressé en 1720. Salone a été érigé en succursale en 1802. Patron, saint Privat.
* Manse est à l'origine une tenure correspondant à une parcelle agricole suffisamment importante pour nourrir une famille. A l'époque mérovingienne elle est désigné comme une terre cultivée par un affranchi. En réalité, dès l'époque carolingienne, cette unité recouvre des superficies très différentes selon les régions. Elle sert essentiellement à fiscalité. Souvent regroupés en colonicae ou collongues, les manses étaient occupés par des rustici ou coloni (paysans ou colons) qui devaient au seigneur une partie de leur récolte ou un service. Le manse est utilisé, pour la France, au Moyen Âge et à l'époque moderne. Et elle est aussi une unité d’exploitation agricole, comprenant une maison d’habitation, des jardins et des champs.
Merci aux les Archives de Meurthe et Moselle Lien ainsi qu'à Jean-Paul P.
Aussi un grand merci au Républicain Lorrain qui me suis depuis pas mal d'années, Odile, Anne, Philippe, François, Pierre, Jean-Pierre sans oublier les autres journalistes et rédacteurs encore merci à vous toutes et tous. Lien
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Posté par Le webmasters jeudi 21 septembre 2006 - 22:07:20